El hadji Ibrahima SALL, économiste : « Il faut une autonomie de la politique économique »



Sur le plan macroéconomique, le Sénégal a quelques forces et beaucoup de faiblesses. C’est, en substance, l’avis de l’économiste El Hadji Ibrahima Sall. Pour surmonter ces faiblesses et titiller l’émergence, l’ancien ministre du Plan estime qu’une politique économique « autonome » vis-à-vis du pouvoir politique est indispensable.

L’économiste et ancien ministre du Plan, El Hadji Ibrahima Sall, a plaidé, vendredi dernier, pour une politique économique plus « autonome » vis-à-vis des pouvoirs politiques. Il animait une conférence, vendredi dernier, sur le thème « le profil macroéconomique du Sénégal permet-il l’émergence ? ». Cette rencontre ouvre une série de conférences initiées par la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee) dans le cadre d’un espace d’échanges entre acteurs dénommé « Le point économique ». Devant un panel d’économistes et la représentante du Fmi à Dakar, M. Sall a d’abord tenté, à travers une approche théorique, de définir l’émergence, un terme « galvaudé » et qui se dérobe presque à l’analyse, mais qui renvoie généralement à « un changement structurel important touchant à plusieurs domaines notamment économiques et sociaux ». Selon M. Sall, l’émergence sous-entend aussi une économie qui s’intègre à la globalisation. Bref, « sont émergents, dit-il, les pays qui réussissent à constituer un pôle d’attraction pour les investisseurs et qui connaissent une croissance diversifiée, accélérée, durable et bien répartie et qui s’intègre dans l’économie mondiale ».

Faible distribution des fruits de la croissance

Ensuite, procédant à une analyse critique de la situation économique du Sénégal, le conférencier distingue des points « positifs » : une bonne gestion macroéconomique (avec une maîtrise des prix), une bonne politique de réforme des finances publiques, ainsi que des efforts accrus pour une mobilisation des ressources intérieures. En revanche, selon El Hadji Ibrahima Sall, l’Etat a connu moins de réussite pour impulser une croissance forte, durable et harmonieuse, notamment du fait du problème structurel de la baisse continue des exportations, elle-même due à « l’absence d’une bonne politique industrielle et la faible productivité et compétitivité des entreprises sénégalaises ». Il note ainsi un affaiblissement de la classe moyenne et une faible redistribution des fruits de la croissance et, enfin, une insuffisance d’attractivité du pays pour les investisseurs. Pour toutes ces raisons, Ibrahima Sall pense que le Sénégal ne pourrait titiller le cercle des pays émergent qu’à l’horizon 2020. Avec toutefois un gros point d’interrogation sur le facteur énergétique.

S’il salue la pertinence reconnue des documents de politiques économiques élaborés par le Sénégal (à l’image de la Stratégie de croissance accélérée), il regrette leur « instrumentalisation » politique, très souvent, « au lieu de les concrétiser », ainsi qu’une « absence de vision à long terme ». « Très souvent, les prises de décisions politiques sont en marge de la direction indiquée par ces documents », dit-il. Du reste, Ibrahima Wade, le coordonnateur de la Sca, reconnaît beaucoup de lenteurs dans la mise en œuvre de ce programme dont, pourtant, sont en train de s’inspirer des pays de la sous-région. « La Sca doit s’arrimer aux ressources budgétaires de l’Etat. Et c’est là que nous avons eu beaucoup de contraintes », explique M. Wade.

Des raisons d’espérer

Mais à côté des facteurs purement économiques, El Hadji Ibrahima Sall évoque d’autres contraintes d’ordre sociologiques qui freinent le développement. « Nous sommes dans une société où il y a trop peu de gens qui produisent et beaucoup de parasites. Et malheureusement, on n’a jamais eu le courage d’analyser cette question à fond », regrette-t-il. Pour changer cette situation, le conférencier invite l’Etat à jouer sur un système d’incitations économiques pour encourager les Sénégalais à produire et à cultiver une éthique et une culture du travail. Toutefois, malgré toutes les « faiblesses » du pays, « il y a des raisons d’espérer », estime Chérif Salif Sy, secrétaire général de l’Association sénégalaise des économistes (Ase). « Il y a des faiblesses, mais le pays ne stagne pas. Il y a surtout ce facteur souvent négligé mais extrêmement important : l’indicateur de confiance », dit-il. Pour Valeria Fichera, représentante du Fmi à Dakar, qui dit partager une grande partie de l’analyse de M. Sall, « ce n’est pas l’Etat qui résoudra tous les problèmes ». « L’administration doit s’organiser afin de trouver la stratégie adéquate pour une bonne exécution des politiques économiques », dit-elle, regrettant, par le passé, les « décalages » entre l’élaboration des documents de politiques économiques et sociales et leur prise en charge effective dans le budget. Mme Fichera a ensuite plaidé pour une croissance « créatrice d’emplois ».

Seydou KA
Le Soleil

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Economie du développement


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